Du béton frais au béton durci : Cure

5 Juin 2019
 

Buts de la cure du béton

On entend par "cure" l’ensemble des mesures qu’il faut prendre pour protéger le béton depuis sa mise en place jusqu’au développement d’une résistance suffisante, dans le but d’en garantir la qualité.

La cure doit protéger le béton contre :

  • la dessiccation du béton frais et jeune ("dessiccation précoce") provoquée par le vent, le soleil ou le froid sec
  • les intempéries.


La cure doit permettre au béton mis en place de développer ses caractéristiques intrinsèques par une hydratation optimale du ciment, aussi bien en surface (béton d’enrobage) qu’à cœur. Le béton au jeune âge est très sensible à la dessiccation précoce, surtout en surface. Or, c’est surtout là que la pâte de ciment doit présenter une densité élevée et une porosité minimale afin d’opposer une bonne résistance aux agressions extérieures.


Dessiccation précoce

Il est important que les mesures prises contre la dessiccation précoce soient appliquées dès la mise en place du béton, car les effets d’une perte d’eau prématurée à la surface du béton sont hautement préjudiciables :

  • apparition rapide de fissures de retrait importantes dues au "retrait plastique" (fig 4.2.6)
  • tendance au farinage de surface
  • diminution de la résistance à l’abrasion.


En plus de ces effets "rapides" et "visibles", la perte d’eau durant les premiers jours/semaines aura des effets sur les caractéristiques du béton à plus long terme :

  • réduction de l’étanchéité et de la durabilité
  • perte de résistance (fig 2.8.1)
  • risque accru d’apparition de fissures dues au "retrait de dessiccation".


Afin d’éviter ces phénomènes, il est important d’appliquer une cure rapidement. Les figures 2.8.2 et 2.8.3 illustrent que, sauf situations très favorables pour le béton (faible température du béton et de l’air ambiant, humidité relative élevée, vitesse du vent limitée), la vitesse d'évaporation dépasse généralement la limite de 0,5 kg/m2.h au-delà de laquelle il y a un risque d’apparition de fissures.

Le cas des dallages en béton est particulièrement sensible : en général le béton n’est pas protégé entre la fin de la mise en place et le début du talochage. En cas de conditions défavorables il faut prévoir l’application d’une cure "intermédiaire".


Intempéries

Suivant leur intensité, les précipitations et autres intempéries peuvent altérer – souvent définitivement – les propriétés du béton frais et du béton jeune : lessivage, porosité élevée, durabilité réduite, …

 

Méthodes de cure

La méthode appliquée et la durée de la cure dépendent essentiellement de l’environnement immédiat et du type de béton.
 

Plusieurs méthode existent pour protéger le béton fraîchement mis en place :

  • maintenir les coffrages en place
  • vaporiser un produit de cure (fig 2.8.4 et 2.8.5)
  • couvrir avec des feuilles plastiques (fig 2.8.6)
  • arroser la surface du béton (en continu lors des grandes chaleurs)
  • conserver les éléments sous l’eau
  • couvrir avec des bâches thermiques
  • poser des protections qui maintiennent l’humidité (jute, nattes géotextiles)
  • combiner plusieurs de ces mesures.


Durée de la cure

Il est important de maintenir la cure pendant un temps suffisamment long. La norme NBN B15-400 (exécution des structures en béton) spécifie des durées minimales de cure, allant de 1 à 15 jours, en fonction des conditions ambiantes et de la vitesse de montée en résistance du  béton (tab 2.8.1). En cas d’utilisation d’un produit de cure, son efficacité dans le temps permet généralement de respecter ces délais. Pour les autres méthodes de cure, le respect de ce délai doit faire l’objet d’une attention particulière.
 

duree minimale de cure selon la nbn b15 400
Tab 2.8.1 Durée minimale de cure, selon la NBN B15-400



La détermination de l’évolution de la résistance du béton peut se faire sur base du type de ciment (disponible sur le bon de livraison) :

  • CEM I 52,5 N ou CEM I 52,5 R (combiné ou non avec le CEM III/A) : Rapide
  • CEM III/A 42,5 N LA (combiné ou non avec le CEM III/A 32,5 N LA) : Moyenne
  • CEM III/A 32,5 N LA ou CEM III/B 42,5 N-LH SR LA : Lente
  • Si le béton contient des cendres volantes (sur le BL) : prendre une classe en-dessous (ex. moyenne au lieu de rapide).


En raison de leurs mécanismes d’hydratation spécifiques, les ciments à forte proportion de laitier (type CEM III) sont particulièrement sensibles à la dessiccation précoce.

 

Conseil pratique

Pour éviter que la vaporisation d’un produit de cure ne nuise à l’accrochage de la couche qui sera appliquée par-dessus, la surface du béton devra être traitée après la fin de la cure (sablage ou ponçage, par exemple) si besoin.

 
effet du maintien dune ambiance humide sur la montee en resistance du beton au voisinage de la surface
Fig 2.8.1 Effet du maintien d’une ambiance humide sur la montée en résistance du béton au voisinage de la surface

 

nomogramme permettant destimer la dessiccation dune surface de beton horizontale non couverte
Fig 2.8.2 Nomogramme permettant d’estimer la dessiccation d’une surface de béton horizontale non couverte Exemple : T° de l’air 28°C, HR de l’air 50%, T° du béton 28°C, vit vent 5 m/s. Résultat : taux de dessication = 0,8 kg/m2.h

 

consequence de conditions meteorologiques defavorables sur le retrait au jeune age en presence et en labsence de cure
Fig 2.8.3 Conséquence de conditions météorologiques défavorables sur le retrait au jeune âge, en présence et en l’absence de cur

 

vaporisation dun produit de cure
Fig 2.8.4 Vaporisation d’un produit de cure

 

un produit de cure colore permet de mieux controler lapplication
Fig 2.8.5 Un produit de cure coloré permet de mieux contrôler l’application

 

cure par couverture plastique
Fig 2.8.6 Cure par couverture plastique